Le ministère américain de la Justice a publié le 30 janvier une nouvelle série de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein. Ces fichiers comprennent près de trois millions de pages, plus de 2 000 vidéos et 180 000 images. Parmi ces documents, de nombreux noms français sont cités, ce qui relance l’intérêt autour de cette affaire et de ses possibles implications en France.
Jeffrey Epstein, un financier américain, a été condamné en 2008 à 18 mois de prison pour recours à des prostituées mineures. Il a été retrouvé mort en août 2019 dans sa cellule à New York, officiellement par suicide, avant d’être jugé pour trafic sexuel de mineures. Les documents mis en ligne contiennent des e-mails, des listes d’invités, des notes et des carnets d’adresses. Être cité dans ces fichiers ne signifie pas forcément qu’une personne est impliquée dans une activité criminelle, mais la présence de plusieurs personnalités françaises suscite des interrogations.
Personnalités politiques, culturelles et financières françaises
Parmi les noms français figurant dans ces documents, celui de Jack Lang, ancien ministre de la Culture et président de l’Institut du monde arabe, est particulièrement notable. Les e-mails montrent une certaine proximité avec Epstein, notamment une invitation de ce dernier aux 30 ans du Louvre. Jack Lang affirme avoir entretenu ces liens à une époque où il ne soupçonnait pas la nature criminelle des activités d’Epstein. Sa fille, Caroline Lang, est également mentionnée dans la découverte d’une société offshore créée avec Epstein. Cette information l’a poussée à démissionner de ses fonctions au Syndicat de la production indépendante.
Les fichiers mentionnent aussi Marine Le Pen, via une démarche de Steve Bannon qui aurait demandé à Epstein de financer le Rassemblement national, après une rencontre avec Louis Aliot. Bruno Le Maire, le député Cédric Villani et l’ancien conseiller diplomatique Olivier Colom sont aussi cités dans des échanges de courriels. La banque Rothschild est également présente, notamment une correspondance de 2013 où une représentante de la banque qualifie l’humoriste Dieudonné de « politicien ».
Figures artistiques, scientifiques et proches de l’affaire
Dans le domaine culturel, plusieurs noms français apparaissent. Le chef d’orchestre Frédéric Chaslin est cité dans des courriels entre 2013 et 2019. Dans l’un d’eux, il propose à Epstein une étudiante en philosophie de 21 ans pour un séjour à Paris, comparée à l’épouse de Roman Polanski. Chaslin dénonce des « insinuations » et précise qu’il s’agissait simplement de recommander une interprète, à la demande d’Epstein, pour visiter des musées.
Le réalisateur Michel Hazanavicius, connu pour son film The Artist, a également été approché en 2012. Selon les documents, il aurait été invité à dîner chez Epstein, notamment via l’assistante du financier. Les échanges montrent des invitations à des repas, avec par exemple un message du 24 juin 2012 demandant si Hazanavicius a trouvé « la fille charmante et intelligente » qu’il cherchait. Les fichiers mentionnent aussi Jean-Luc Brunel, un agent de mannequins soupçonné d’avoir recruté des jeunes filles pour Epstein, avant son suicide en prison en 2022. Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans pour avoir recruté des adolescentes pour Epstein, est également évoquée.
Réactions politiques françaises et risques de théories du complot
Face à ces révélations, La France insoumise, par la voix du député Antoine Léaument, demande la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Epstein. Il souhaite que cette enquête soit conduite de manière transpartisane. Le député met en garde contre le silence qui pourrait alimenter les théories du complot, soulignant l’importance de faire toute la lumière sur ces connexions.
