Une baisse inquiétante des relations sexuelles chez les jeunes
Depuis plus de dix ans, la France connaît une diminution constante du nombre de naissances. En 2025, le pays a enregistré un solde naturel négatif pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, avec 6 000 morts de plus que de naissances sur l’année. Selon l’Insee, le nombre de naissances a chuté de 155 000 en dix ans, avec une baisse de 2,4 % de la moyenne quotidienne en 2025 par rapport à 2024.
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. Le nombre d’enfants souhaités a diminué, passant en moyenne de 2,46 chez les 18-24 ans en 2005 à 1,88 en 2024. Par ailleurs, vivre en couple est devenu moins courant : en 1990, 63 % des femmes de 25 ans étaient en couple, contre 44 % en 2021. Une autre cause majeure est la baisse des relations sexuelles chez les jeunes générations, qui remet en question les efforts du gouvernement pour relancer la natalité.
Une étude qui révèle la « sex recession »
En février 2023, l’Ifop a publié une étude sur la « sex recession ». Les résultats montrent que l’activité sexuelle diminue, notamment dans les couples : 43 % des Français déclarent avoir un rapport sexuel par semaine en 2025, contre 58 % en 2009. De plus, un quart des personnes en couple admettent ne pas ou plus avoir d’intimité physique avec leur partenaire.
Cette baisse concerne particulièrement les jeunes. Parmi eux, 43 % des Français de 18 à 25 ans n’ont connu aucun partenaire sexuel durant l’année écoulée. En 2018, ils étaient 25 % dans cette situation. La proportion de jeunes de 18 à 24 ans n’ayant pas eu de rapport en un an a quintuplé depuis 2006, passant de 5 % à 28 %.
Les causes de la diminution des relations sexuelles
Pour comprendre ce phénomène, CNEWS a interrogé Camille Bataillon, sexologue clinicienne. Elle évoque une « sorte de flemme » chez les jeunes, liée à d’autres habitudes du quotidien. « Il y a une tendance à préférer d’autres activités parce qu’il y a mieux à faire », explique-t-elle. De plus, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette baisse d’activité sexuelle.
Les réseaux sociaux, un impact néfaste
Depuis le début du XXIe siècle, l’utilisation massive des écrans et des réseaux sociaux influence la vie des jeunes. Camille Bataillon souligne que cette consommation excessive limite leur capacité à se connecter émotivement et à érotiser leur vie. Selon une étude de l’Anses, ces plateformes affectent aussi leur santé mentale, ce qui peut freiner leur vie sexuelle.
Les contenus partagés, comme des vidéos de couples ou de transformations physiques, peuvent aussi avoir un effet négatif. La sexologue précise que cela peut entraîner une perte de confiance en soi et des comparaisons avec des corps ou des vies idéalisées, ce qui augmente l’anxiété et le stress, et complique les rencontres réelles.
Un phénomène récent est la diffusion de vidéos pornographiques sur des réseaux comme TikTok ou X, contribuant à une consommation de films pour adultes. En 2025, la France se classe au quatrième rang mondial en consommation de porno, avec une majorité de jeunes qui accèdent à ces contenus dès l’adolescence.
La pornographie, un « refuge » problématique
En 2025, 36 % des adultes français et 30 % des mineurs ont consulté des sites pornographiques au moins une fois par mois. La consommation régulière peut entraîner des problèmes : comparaison négative, baisse du désir, dysfonctionnements sexuels, voire dépendance.
Camille Bataillon explique que certains jeunes privilégient la pornographie comme zone de confort, évitant ainsi les relations réelles. « La pornographie rassure parce qu’on sait ce que l’on va y voir, et cela évite la pression ou la peur du jugement lors d’une rencontre en face à face », ajoute-t-elle.
Des rencontres plus difficiles à l’ère des applications
Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi avec les applications de rencontres comme Tinder ou Happn. Cependant, beaucoup rencontrent une « dating fatigue », c’est-à-dire une lassitude face à ces plateformes, qui ne correspondent pas toujours à leurs attentes. Certains préfèrent alors rester célibataires ou revenir à des rencontres plus traditionnelles.
Ce contexte complique davantage la formation de relations sentimentales et sexuelles durables.
Un fossé entre hommes et femmes alimenté par certains contenus
Récemment, des créateurs masculins prônant des idées machistes se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Leurs discours, parfois très violents, contribuent à creuser le fossé entre les sexes. Camille Bataillon note que ces contenus ciblent souvent des jeunes en situation de vulnérabilité, et qu’ils peuvent influencer négativement les comportements et les mentalités.
Ce climat favorise une atmosphère de guerre des sexes, où certains hommes ont du mal à évoluer, et où la relation entre hommes et femmes devient plus conflictuelle et moins équilibrée.
Une évolution positive : le respect du consentement
Malgré ces difficultés, Camille Bataillon souligne que la génération actuelle accorde une importance accrue au consentement. Les jeunes sont plus sensibles à l’idée de choisir leurs partenaires et de privilégier la qualité plutôt que la quantité. La prise de conscience autour du respect et du droit à l’autonomie dans la vie sexuelle constitue une avancée.
Les chiffres montrent que les femmes sont aussi moins enclines à faire l’amour sans envie qu’il y a quarante ans, ce qui témoigne d’un changement positif dans la conception des rapports sexuels.
