Une arnaque téléphonique qui tourne mal
Les escroqueries par téléphone et par SMS se multiplient en France. En 2023, plus de 411 000 personnes ont déposé plainte pour des fraudes liées à l’hameçonnage ou au spoofing. Ces techniques consistent à se faire passer pour une organisation officielle ou une banque afin de soutirer des informations personnelles ou financières.
L’affaire d’Harmonie, une mère de famille, illustrée dans l’émission Sept à Huit Life sur TF1, met en lumière la violence de ces arnaques. En quelques minutes, elle a perdu toutes ses économies et s’est retrouvée piégée dans une spirale financière difficile à stopper. Son témoignage révèle aussi les failles du système bancaire et la difficulté pour les victimes d’obtenir réparation.
Le déroulement de l’arnaque
Un SMS trompeur
Tout commence par un message reçu sur son téléphone, semblant provenir d’un organisme fiable. Dans le cas d’Harmonie, il s’agissait d’un SMS lui demandant de reprogrammer une livraison. Le lien contenu dans le message menait vers un formulaire demandant quelques informations personnelles et une somme modique de 2,50 euros pour les frais de livraison. En y inscrivant son numéro de carte bancaire et son cryptogramme, elle pensait simplement valider une commande. En réalité, elle venait d’ouvrir la porte aux escrocs.
Un faux conseiller bancaire
Moins d’un jour plus tard, Harmonie reçoit un appel d’un prétendu agent du service anti-fraude de sa banque. L’arnaqueur, qui se fait passer pour un conseiller, lui explique qu’une fraude est en cours sur son compte et qu’elle doit agir rapidement. Pour gagner sa confiance, il utilise le logo de sa banque et lance un faux appel en visioconférence. En réalité, il partage son écran et voit en direct les codes d’accès que Harmonie tape. Ce stratagème, appelé spoofing, permet aux escrocs d’accéder totalement au compte bancaire de la victime.
Des dépenses dévastatrices
Une fois en possession des codes, l’escroc dépense sans limite. Il loue des voitures, achète des consoles de jeux et effectue diverses transactions. En seulement quelques heures, plus de 14 244 euros disparaissent du compte d’Harmonie, rapporte TF1 INFO. Elle découvre alors que son compte a été vidé. Elle se sent humiliée, piégée et coupable d’avoir fait confiance à un faux conseiller. Pourtant, cette technique est particulièrement efficace et cible chaque année des milliers de victimes.
Les conséquences financières et judiciaires
Le refus de la banque de rembourser
La Caisse d’épargne refuse de rembourser Harmonie, évoquant une négligence grave de sa part. Selon la banque, le fait d’avoir communiqué ses codes est une faute importante. Pour couvrir le découvert, elle lui propose un prêt de 16 500 euros à près de 7 % d’intérêt sur dix ans. Cela représente 6 000 euros d’intérêts supplémentaires, en plus de la somme volée. Harmonie dénonce une double peine : victime d’une escroquerie, elle doit encore payer pour un vol dont elle n’est pas responsable.
Un quotidien bouleversé
Avec un salaire de 1 800 euros par mois, Harmonie doit désormais rembourser 200 euros chaque mois. Cette charge pèse lourd sur son budget. Elle a dû réduire ses déplacements en voiture électrique, renoncer à la viande et limiter son chauffage. Son quotidien est profondément affecté par cette arnaque. Elle raconte vivre une vie marquée par des sacrifices, où chaque dépense est minutieusement calculée.
Une procédure en justice en cours
Harmonie a saisi le médiateur de la Fédération bancaire française, qui a demandé à la banque de lui accorder une aide de 300 euros. La banque n’a pas répondu. Elle espère désormais que la justice lui donnera raison. Une décision récente de la Cour de cassation pourrait faire jurisprudence. En effet, lorsqu’un client est victime de spoofing et que le numéro affiché lors de l’appel est celui de sa banque, il ne peut pas être considéré comme ayant fait preuve d’une négligence grave. Cette avancée pourrait obliger les banques à rembourser davantage de victimes à l’avenir.
