
Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 vient d’être définitivement adopté, une mesure fait particulièrement réagir : la hausse significative de la taxe sur les boissons sucrées, dite « taxe soda ». Adoptée en dernière lecture à l’Assemblée nationale après un recours au 49.3 par François Bayrou, cette réforme prévoit un durcissement notable de la fiscalité sur les sodas et autres boissons riches en sucre.
Un barème simplifié mais plus sévère
Depuis son entrée en vigueur sous Nicolas Sarkozy, la taxe soda n’a cessé d’évoluer. Dans ce nouveau budget, les barèmes de taxation ont été revus et simplifiés, passant de quinze niveaux de taxation à seulement trois. Cette restructuration, initiée par le Sénat fin novembre, a été retenue par le gouvernement sans modification.
Désormais, les industriels devront s’acquitter de taxes plus élevées en fonction de la quantité de sucre ajouté par hectolitre :
- Moins de 5 kg de sucre ajouté → 4 euros par hectolitre (contre 3,79 euros actuellement)
- Entre 5 et 8 kg de sucre ajouté → 21 euros par hectolitre (contre 7,30 euros aujourd’hui)
- Plus de 8 kg de sucre ajouté → 35 euros par hectolitre (contre 17,70 euros auparavant)
L’augmentation la plus marquée concerne les boissons contenues dans la tranche intermédiaire (entre 5 et 8 kg de sucre ajouté), où la taxe est multipliée par trois.
Jusqu’à 15 centimes de plus sur une bouteille de Coca-Cola
Concrètement, l’impact sur le prix de vente des sodas pourrait être significatif. À titre d’exemple, une bouteille de 1 litre de Coca-Cola, qui contient environ 100 grammes de sucre, se verra appliquer une taxe totale de 35 centimes, soit 15 centimes de plus qu’actuellement.
Pour les industriels, cette hausse représente une charge supplémentaire importante, qui pourrait se répercuter directement sur le prix final payé par le consommateur.
Une fiscalité comportementale pour inciter à consommer moins de sucre
L’objectif affiché de cette réforme est sanitaire : réduire la consommation de sucre et lutter contre l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires, dont le coût pour l’Assurance maladie est estimé à plusieurs milliards d’euros chaque année.
En 2023, la taxe soda a rapporté 443 millions d’euros à l’État, un chiffre qui pourrait encore augmenter avec ces nouvelles dispositions. Pourtant, certains observateurs estiment que cette politique ne fonctionne pas aussi bien qu’espéré.
« Tant que l’on a des taxes comportementales qui apportent du rendement, cela veut dire qu’elles ne fonctionnent pas. C’est pour cela que l’on met des seuils plus élevés, pour provoquer un réel changement de comportement », a expliqué la rapporteure centriste Élisabeth Doineau lors des débats parlementaires.
Les industriels dénoncent une menace pour l’économie du secteur
Si les défenseurs de la réforme estiment que cette mesure encouragera les fabricants à réduire la teneur en sucre de leurs boissons, les professionnels du secteur, eux, alertent sur ses conséquences économiques.
Dans un communiqué commun, la Fédération nationale des boissons et le Syndicat national des fabricants de sucre dénoncent une réforme qui mettrait « en péril toute la chaîne de production et de distribution des boissons », affectant aussi bien :
- Les producteurs de sucre en France
- Les industriels du secteur des boissons
- Les grossistes et distributeurs
- Le secteur des cafés, hôtels et restaurants
Pour ces acteurs, une telle augmentation pourrait fragiliser des milliers d’emplois et menacer la compétitivité des entreprises françaises face aux produits importés.
Une mesure efficace ou une nouvelle contrainte économique ?
Avec cette réforme, le gouvernement espère réduire la consommation de boissons trop sucrées et inciter les fabricants à ajuster leurs recettes. Mais cette politique, qui repose sur une augmentation des prix plutôt qu’une interdiction, divise.
Alors que les professionnels du secteur s’inquiètent des conséquences économiques, les partisans de la mesure estiment qu’elle pourrait favoriser un changement durable des habitudes alimentaires. Reste à voir si les consommateurs suivront cette tendance, ou s’ils absorberont simplement cette hausse de prix sans modifier leur comportement.